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Interview
Alain de Broca: « L'enfant a besoin d'affection et d'échanges avec ses parents pour se développer »

Comment aider l’enfant de 0 à 7 ans à s’épanouir ? C’est à cette question que tente de répondre Alain de Broca, neuropédiatre et Docteur en philosophie dans Mon enfant s’épanouit. Conseils pour les parents, dernières découvertes en neurosciences, comment tisser le lien relationnel indispensable à la croissance de l’enfant… L’auteur revient dans cette interview sur les grandes notions évoquées dans son ouvrage.

Vous mettez en avant dans votre ouvrage les notions d’interaction, relation, échange et bienveillance. Ces attitudes favorisent-elles l’épanouissement de l’enfant ?

Alain de Broca : Qui n’a pas craqué en regardant les grands yeux d’un nourrisson qui nous « boit » du regard ? Qui n’a pas compris que l’enfant nous testait en fronçant des yeux, rien que pour être sûr que nous sommes en relation avec lui ? Qui n’a pas eu envie de s’asseoir pour lire un livre, autant pour être à côté de l’enfant, que pour lui apprendre ce qu’est un éléphant ou un dinosaure ? Comment ne pas comprendre que l’humain est un être de relation dès qu’il est conçu et qu’il a besoin de partager ce qu’il est, ce qu’il fait, ses désirs, ses passions et sa joie ou ses peines ? D’ailleurs, le parent vit tout autant la même chose en interaction, en réciprocité avec l’enfant. L’un et l’autre s’aident mutuellement à grandir et à se développer.

Mais vous vous appuyez aussi sur les nouvelles découvertes en neurosciences. Qu’apportent-elles sur le sujet de l’éveil de l’enfant ?

Les scientifiques du cerveau nous aident à mieux comprendre comment fonctionnent les différentes aires (parties) du cerveau. Comment elles sont en lien les unes avec les autres et comment elles sont activées pour telle ou telle fonction. C’est passionnant et cela aide de plus en plus à guider des rééducations quand une personne est malade. Mais ces mêmes scientifiques ne peuvent pas et ne pourront pas expliquer ce qu’est la joie, l’amour partagé entre deux êtres. Ce n’est pas inscrit dans les réseaux neuronaux. Il ne faut pas opposer science et développement de l’enfant. Il ne faut donc pas tout vouloir comprendre du développement d’un enfant à partir de la manière dont est construit le cerveau. Que chaque parent se redise que l’attention et l’amour prodigués font au moins aussi bien que l’inné.

Les neurosciences étudient les cerveaux de nos tout-petits pour comprendre leur développement moteur, sensoriel, intellectuel, affectif... Mais chaque enfant n’est-il pas unique ?

Oui, chaque être vivant est unique, et donc chaque personne l'est aussi. Même deux vrais jumeaux, donc génétiquement identiques, vont être très rapidement différents, car l’expression des gènes (la génétique) que chacun porte (les mêmes donc) va dépendre de la manière dont son environnement (les bruits, les caresses, la manière dont il vivra ou non les frustrations tout autant que la manière dont ses germes digestifs se répartiront dans son corps) amènera à l’utilisation ou non de ces gènes ! L'être vivant n’est pas une machine, mais bien un être complexe, riche de toutes ses qualités et ses défaillances.

Vous soulignez dans votre livre l'importance du lien entre la mère et l’enfant qui se tisse in utero

Oui, évidemment, puisqu’in utero, il y a déjà tant d’interactions avec les mouvements de la mère, les bruits qu’elle fait (son cœur, sa respiration, son tube digestif) et les musiques qu’elle entend, les saveurs de sa cuisine, etc. Donc tout concourt à construire et à préparer les fondations psychiques et somatiques de ce petit bout.

…ainsi que « la toute-puissance du nouveau-né ». Qu’entendez-vous par là ?

La toute-puissance a deux sens opposés ! D’abord, cela explique que dès sa conception, l’être vivant dans l’utérus est en puissance... Un enfant puis un adulte en entier... À partir de deux demi-cellules (le spermatozoïde et l’ovocyte), on devient un grand être. Dans cette cellule conçue, le grand être est en puissance. Il faut qu’il se développe et, au fil de sa vie, il devra trouver toutes ses qualités enfouies (génétiquement) pour les exprimer au mieux au profit de lui-même bien sûr, mais aussi de ceux qu’il rencontre. Il serait dommage qu’une personne qui a des talents de musiciens ne puisse pas avoir les moyens de les montrer !

Mais le mot « toute-puissance » souligne aussi, en psychologie infantile, que l’enfant essaye d’asservir tout le monde autour de lui à son propre profit, souvent par angoisse de ne pas se sentir exister. Il aimerait tant claquer des doigts pour que Maman, Papa, Mamie, Papy fassent ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut. Cette toute-puissance infantile dite « archaïque » doit disparaître, sinon l’enfant ne peut pas prendre sa place réelle dans le monde familial et social.

Vous revenez souvent sur les idées de maturation et de plasticité. Qu’indiquent-elles à propos du développement de l’enfant ? Ce développement est-il linéaire et continu ? A-t-il un début, une fin ?

Le développement est – on le sait en se regardant – un drôle de mouvement. Il y a beaucoup d’acquisitions au fil des semaines, des mois, des années, et en même temps des pertes (motrices, sensorielles, relationnelles). C’est cela le développement : accepter de gagner de nouvelles dispositions tout en en perdant d’autres. Et finalement, si le développement de l’enfant de 0 à 7 ans est important, chaque personne se développera jusqu’à son dernier souffle.

Alors oui, les paliers semblent évidents. Il faut préparer pendant des mois la motricité du dos, des cuisses, des mollets, travailler l’équilibre pour marcher... et hop ! Un jour on se lance. Mais chaque moment de passage est longuement préparé en amont.

Vous parlez dans votre livre de l’enfant depuis sa conception jusqu’à l’âge de 7 ans. Comment décririez-vous un enfant épanoui à cet âge dit « de raison » ?

Évidemment, il faudra qu’il continue à construire la pensée et la raison...et ce jusqu’à 90 ans. Mais on le voit, l’enfant passe d’une manière de penser intuitive (dite inductive, créative, divergente) avant 6-7 ans, à une pensée rationnelle (dite hypothético-déductive, convergente, hiérarchisée). L’être n’est pas « meilleur » après 7 ans, mais sûrement plus prêt à affronter le monde et les enjeux de la socialisation, avec le monde qui l’entoure.

Finalement, en quoi consiste selon vous le métier de parent ? Et comment peuvent-ils accompagner au mieux l’évolution de leur enfant ?

Métier ? Ce serait plutôt une somme de qualités au-delà de l’amour déversé qu’il faut dispenser : disponibilité, adaptabilité, humour, tendresse, douceur et fermeté !

Il est vrai que certaines connaissances sont nécessaires pour aider un enfant à s’éveiller, à se connaître, à comprendre le monde autour de lui (et c’est l’objet du livre), mais si les parents déploient les qualités que j’ai citées, je ne suis pas inquiet de la manière dont ils pourront tous ensemble grandir et s’apprendre mutuellement la beauté de la vie.

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