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Interview
André Stern : «N'étouffons pas l'enthousiasme qui existe en chacun de nous !»

A l'occasion de la sortie de Tous enthousiastes, le livre feel-good pour voir la vie du bon côté, André Stern répond à nos questions et nous transmet son puissant optimisme. 

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur l’enthousiasme ?

André Stern : J’ai choisi d’écrire un livre sur l’enthousiasme parce qu’on a tous beaucoup entendu la remarque suivante : « JE.SUIS.NUL. en maths. » Et c’est fort, c’est violent ! Ça veut dire que nous nous jugeons comme une mauvaise personne. C’est pour moi d’autant plus poignant et d’autant plus dramatique que toutes les sciences, toutes nos impressions et nos émotions convergent à dire que la vraie phrase n’est pas celle-ci, mais une autre, plus simple, qui est : « Les mathématiques ne m’intéressent pas, ne m’enthousiasment pas. » Si les mathématiques m’enthousiasmaient, alors j’excellerai dans cette matière. C’est le cas pour tout et on le sait : quand quelque chose nous prend aux tripes, nous passionne, on devient géniaux. Et si j’ai écrit un livre sur l’enthousiasme, c’est pour dire que nous le contenons tous en nous, il est là et il est facile d’accès.

Que représente l’enthousiasme pour vous ? Comment le définiriez-vous ?

L’enthousiasme, c’est une phénoménale énergie, une force incroyable dont nous sommes tous dotés depuis la naissance et certainement depuis bien avant. C’est lui qui nous permet de déplacer des montagnes, d’accomplir des miracles. Toutes ces histoires qu’on affectionne, comme « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » : elles nous inspirent, nous motivent… et elles sont toujours portées par l’enthousiasme. Cet enthousiasme est un lac intérieur qui est en nous depuis toujours, mais il est recouvert par un épais rideau, par des nuages opaques. Il nous suffit de les écarter, de soulever un coin du rideau pour que nous l’apercevions. Dans ce livre, j’ai voulu raconter des grandes et petites histoires, parler de sciences également. Par cette narration et ce parcours, j’essaye de soulever un coin de ce lourd rideau. À partir du moment où l’on a aperçu ne serait-ce qu’un moment ce lac intérieur, on ne peut plus faire comme si on ne l’avait pas vu, et ça, ça va changer le monde.

Pourquoi, d’après le titre de votre ouvrage, devrions-nous être « tous enthousiastes » ?

Le titre de l’ouvrage ne signifie pas que nous devrions TOUS êtres enthousiastes, mais bien que nous le sommes tous. C’est tout sauf une injonction, car cela voudrait dire : « Vous ne l’êtes pas et vous devriez l’être. » Ce serait une nouvelle fois nous dire que tels que nous sommes, nous ne sommes pas bien, qu’il vaudrait mieux que nous soyons différents. Et ça, on en a assez, on ne veut plus l’entendre. Là, c’est beaucoup plus simple. Nous sommes tous enthousiastes. C’est en nous. C’est dans ce sens que le titre a été pensé.

Votre livre fait également la part belle aux contributions : Richard Bach, Joël de Rosnay ou encore Jean-François Bernardini ont accepté de partager leur vision de l’enthousiasme. Comment et pourquoi avez-vous choisi ces contributeurs ?

La pensée de certaines personnes m’inspire, m’accompagne au quotidien : ainsi, j’ai eu très envie de les inviter à dire des choses au sujet de l’enthousiasme. Je me suis donc tourné vers des gens qui soit m’accompagnent au quotidien très concrètement (mon épouse, mes parents, un jeune homme qui est un ami éditeur, une amie astronaute), soit sont de grands penseurs, comme Jean-François Bernardini, que l’enthousiasme de mon fils a amené dans ma vie (et j’en suis très reconnaissant), ou encore Joël de Rosnay, dont la contribution est venue s’insérer dans le livre exactement là où il était nécessaire de dire ce qu’il dit ! Et puis Richard Bach, c’est un phare dans mon parcours. Il m’a toujours donné un cap, non seulement avec Jonathan Livingston le goéland, mais tous ses autres écrits que je collectionne assidûment. Et lorsqu’il a accepté, chose qu’il ne fait pour ainsi dire jamais, d’écrire une contribution pour mon ouvrage, je crois que ça a été un des plus beaux jours de ma vie.

Vous avancez dans votre ouvrage que les neurosciences  ont démontré le rôle moteur de l’enthousiasme dans notre vie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

On a cru pendant des siècles que nos cerveaux étaient programmés par notre génétique, que c’étaient nos gènes qui décidaient si nous venions au monde en tant que personne « bête » ou « intelligente ». Parce qu’on n’avait pas encore découvert l’épigénétique, on pensait que tout ce qui était génétique était gravé dans le marbre. Et puis, il y a quelques années, on a découvert que dans le cerveau des jeunes, la zone responsable des mouvements du pouce est considérablement plus développée que la même zone du cerveau chez les jeunes d’il y a 50 ou 60 ans. Alors oui, ça vient de l’usage intensif des sms, mais cela signifie également que le cerveau n’est pas programmé génétiquement : il se développe selon l’usage qu’on en fait ! On a ensuite découvert que notre cerveau se développe seulement lorsque nous en faisons l’usage dans un état d’enthousiasme ! Dans un monde où ce qui est scientifiquement prouvé a tellement plus de poids que tout le reste, je trouve extraordinaire que ce soit par la science que nous arrive la preuve irréfutable d’une chose que nous savons tous : que l’enthousiasme nous donne des ailes. Désormais, les neurosciences nous montrent ce qu’il se passe. Au bout des longs filaments, quand nous sommes dans un état d’enthousiasme, des cocktails de neurotransmetteurs sont générés et viennent agir sur le cerveau comme de l’engrais. Et nos jeunes enfants éprouvent une tempête d’enthousiasme toutes les 2 à 3 minutes : un enthousiasme n’est pas encore fini que le prochain commence déjà ! Ça veut tout simplement dire que, de base, chacun d’entre nous est venu au monde avec un cerveau qui baigne du matin au soir dans de l’engrais cérébral. Dans ce domaine, les travaux du neurobiologiste allemand Professeur Docteur Gerald Hüther m’ont beaucoup aidé pour écrire ce livre.

Pourquoi, selon vous, perdons-nous généralement une fois adulte l’enthousiasme que nous avions enfant ? Et surtout, comment peut-on le récupérer ?

On ne perd pas vraiment son enthousiasme, il est toujours là. On le laisse disparaître derrière le lourd couvercle des attentes, celles des autres qui deviennent les nôtres. Mais il est toujours là. Alors bien sûr à force qu’on nous dise de changer, d’évoluer, qu’on nous demande de faire des progrès, d’avoir toujours le regard posé sur « devenir », cela use notre enthousiasme. Et puis il y a de terribles hiérarchies dans notre société, qui ont posé certains sujets d’enthousiasme sur un piédestal et dégradé les autres. Ce qui vous rendrait génial n’est peut-être pas reconnu par la société. Alors vous n’allez même pas oser vous l’avouer à vous-mêmes. C’est ainsi qu’on remplace ce qui nous rendrait génial par ce que l’on attend de nous, et qu’on en oublie son enthousiasme. Comment le retrouver ? Il faut se libérer des hiérarchies entre les matières, entre les métiers. Pour un enfant, laveur de carreaux et astronaute sont des métiers qui sont sur un pied d’égalité, dignes l’un et l’autre du plus pur des enthousiasmes. C’est ce que j’essaye de dire dans ce livre, combien c’est facile de se libérer de tout cela.

Enfin, votre père, Arno Stern, a contribué à ce livre en vous livrant son expérience de l’enthousiasme, un témoignage extrêmement émouvant. Peut-on dire que l’enthousiasme lui a permis de survivre aux horreurs de la guerre ?

Mon père a survécu aux horreurs de la guerre pour plusieurs raisons, mais il est certain que l’enthousiasme a joué un rôle majeur. Il a connu les conditions les plus épouvantables qu’il soit : une famille juive, en 1940, était en danger. Ils ont fui tout le temps de la guerre, ils ont, chaque jour, ouvert les yeux le matin en se disant qu’ils ne savaient pas s’ils les refermeraient le soir libres et/ou vivants ! Pourtant,  mon père se souvient de son enfance comme d’une période heureuse. Et ça, cela repose sur une notion fondamentale : mon père et ses parents ont créé une relation d’attachement, qui donne des ailes, rend libre. Cet amour profond, qui est une forme d’enthousiasme pour la vie, leur a permis au milieu des circonstances les plus épouvantables de vivre des moments « heureux ». Et je le souligne de nombreuses fois dans le livre : ce n’est pas la précarité matérielle, mais la précarité affective qui est le plus grand danger pour nos enfants. Leur donner un port d’attache est la chose la plus importante à faire en tant que parents. C’est l’amour et la confiance inconditionnels : « Je t’aime parce que tu es comme tu es. » Chaque fois qu’on est capable, dans le non-verbal,  de dire cela à nos enfants, on leur donne ce qu’il y a de plus précieux pour leur enfance et pour leur vie future. Et c’est facile, ça ne coûte rien, ni temps, ni énergie, ni moyens – financiers ou intellectuels.

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